Batinovia 2026 : avenir et nouveautés du secteur amiante

Les 27 et 28 octobre 2026, la filière amiante s’est retrouvée à Rennes pour Batinovia. L’équipe SECOIAM y a assisté à deux conférences qui dessinent l’avenir du secteur amiante : l’une consacrée au marché du désamiantage d’ici 2040, l’autre aux évolutions réglementaires portées par l’État.

Marché en croissance, métiers en mutation, nouveau plan interministériel, amiante environnemental dans les carrières, réforme de la formation : voici ce que nous en retenons, et ce que cela change pour les entreprises SS3 et SS4, les donneurs d’ordre et les gestionnaires de patrimoine.

Le marché du désamiantage : une filière en croissance et en mutation

Conférence « La filière du désamiantage face à 2040 : anticiper, former, protéger », animée par Mathieu Hiblot, délégué général du SEDDRe.

Un marché amiante en croissance

Selon le SEDDRe, le marché de l’amiante affiche globalement une croissance de 5 % par an en France.

Les projections présentées pour la période 2025-2030 confirment cette dynamique sur plusieurs maillons de la chaîne :

ActivitéÉvolution 2025-2030
Dépollution de bâtiments+ 4 %
Curage+ 6 %
Gestion des déchets+ 6 %

Source : SEDDRe, conférence Batinovia 2026.

Rénover plutôt que démolir : le curage en première ligne

Première tendance de fond : les maîtres d’ouvrage privilégient de plus en plus la rénovation et la dépollution plutôt que la démolition. Ce mouvement stimule directement l’activité de curage.

Les friches et les bâtiments industriels constituent par ailleurs un point de préoccupation pour la filière.

Des métiers qui évoluent, notamment dans le pilotage des opérations

Le SEDDRe souligne une mutation du métier, en particulier dans le pilotage des opérations.

Main-d’œuvre : des enjeux de formation et de réglementation

Le recours à l’intérim est interdit pour les travaux de désamiantage. L’article D4154-1 du Code du travail interdit d’employer des salariés intérimaires ou en CDD pour les opérations d’entretien ou de maintenance sur des flocages ou calorifugeages, ainsi que pour les travaux de confinement, de retrait ou de démolition. Des dérogations encadrées existent (articles D4154-3 et suivants).

Toutefois, c’est autorisé pour les travaux de SS4 sous réserve qu’il ne concerne pas les matériaux de la liste A et que le personnel soit bien formé et apte médicalement.

Le prêt de main-d’œuvre étrangère soulève lui aussi des enjeux, à la fois de formation et de réglementation, pour les entreprises du secteur.

Le regard de SECOIAM

La progression du curage et de la dépollution pose une question très concrète aux entreprises SS3/SS4 : celle de la déconstruction sélective. Là où l’on démolissait hier, on cure de plus en plus aujourd’hui. Ce n’est pas un simple ajustement, c’est une évolution du métier, qu’il vaut mieux anticiper que subir.

C’est aussi l’occasion de regarder plus loin : ne pas se contenter de l’amiante, et s’ouvrir à d’autres champs, comme le plomb et les autres polluants.

Réglementation amiante : ce qu’il faut savoir du PAIA II

Conférence « Panorama et évolutions réglementaires », animée par Thomas Colin, chef de pôle amiante à la Direction générale du travail (DGT).

Le PAIA II en bref

Le Gouvernement a publié en 2026 le second plan d’actions interministériel pour améliorer la prévention des risques liés à l’amiante (PAIA II). Il couvre la période 2026-2030 et prend la suite du premier PAIA, engagé à partir de 2016.

Ce que nous en retenons :

  • 32 actions réparties sur 6 axes ;
  • un plan interministériel qui concerne l’ensemble des secteurs, avec la volonté d’y inclure l’Éducation nationale, l’agriculture et les Outre-mer ;
  • un plan évolutif, révisé tous les cinq ans.

Quatre changements majeurs

  1. Renforcer l’information de tous les publics, avec l’organisation de rencontres interministérielles biennales et une information renforcée des locataires.
  2. Acquérir davantage de données pour affiner les connaissances sur l’amiante.
  3. Développer une stratégie interministérielle unique.
  4. Accompagner les filières de recyclage, notamment à destination des ménages.

Pour suivre les textes au fil de leur publication, consultez notre veille réglementaire amiante.

Carrières alluvionnaires : l’amiante environnemental, enjeu majeur

L’amiante environnemental présent dans les carrières alluvionnaires a été présenté comme un enjeu majeur. Il concerne trois publics :

  • les travailleurs des carrières ;
  • la filière BTP, qui utilise les granulats ;
  • les consommateurs.

Thomas Colin a reconnu que le cadre juridique reste flou sur ce sujet. Sur 226 carrières identifiées, 60 sites prioritaires ont été sélectionnés pour y concentrer le travail. Le BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) déploie un nouveau protocole, des formations de sensibilisation, et contribue à définir les mesures de gestion.

Pour situer le contexte

En décembre 2024, les pré-expertises du BRGM avaient confirmé la présence d’amiante naturel dans 16 des 23 carrières alluvionnaires étudiées. Une instruction interministérielle du 3 août 2026 demande aux préfets d’étendre le protocole de caractérisation à 226 carrières alluvionnaires situées dans des bassins versants à susceptibilité « moyenne » ou « forte à très forte » selon le BRGM.

Le regard de SECOIAM

Pendant longtemps, on a associé l’amiante aux bâtiments existants. Avec les carrières alluvionnaires, la question remonte jusqu’à l’origine des matériaux. Il ne s’agit pas d’inquiéter, mais de prendre l’habitude de poser quelques questions simples :

  • D’où viennent les granulats utilisés sur mes chantiers ? Proviennent-ils d’une carrière alluvionnaire ?
  • Cette carrière fait-elle partie de celles concernées par les démarches de caractérisation engagées par l’État ?
  • Mon fournisseur peut-il me transmettre des informations sur l’origine de ses matériaux et sur les analyses éventuellement réalisées ?
  • Ai-je intérêt à intégrer ces points dans mes échanges avec mes fournisseurs, voire dans mes cahiers des charges ?

Personne n’a toutes les réponses aujourd’hui, et le cadre est encore en construction. Mais se poser ces questions dès maintenant, c’est anticiper plutôt que subir, et c’est déjà mieux protéger ses équipes.

Formation SS3 / SS4 : ce qui se prépare au niveau national

La DGT a également fait le point sur la formation amiante au niveau national :

  • la formation de formateurs n’interviendra pas avant 2028 : un chantier décrit comme long et fastidieux ;
  • une démarche de concertation, avec la volonté d’écouter et de prendre en compte les différentes parties ;
  • La DGT en profite également pour réfléchir aux contrôles sur les organismes de formation SS4 ;
  • la recherche d’une solution pragmatique d’évaluation (pas de jury à déployer par exemple) 
  • la clarification et l’assouplissement de la certification des organismes de formation.

Avenir du secteur amiante : ce qu’il faut retenir

  • Le marché du désamiantage progresse, porté par la rénovation, la dépollution et le curage.
  • Les métiers évoluent, en particulier dans le pilotage des opérations.
  • Le PAIA II structure l’action publique jusqu’en 2030, avec plus d’information, plus de données et une stratégie interministérielle unique.
  • L’amiante environnemental dans les carrières alluvionnaires devient un sujet de premier plan pour toute la chaîne, des carrières aux consommateurs.
  • La formation SS3/SS4 va évoluer, mais pas avant 2028 pour la formation de formateurs.

Ces évolutions touchent directement l’organisation des entreprises : pilotage des opérations, gestion de la main-d’œuvre, formation des équipes.

SECOIAM accompagne les entreprises SS3/SS4 dans la structuration de leurs pratiques (préparation des audits, procédures, modes opératoires) et construit des formations amiante en lien avec les missions de leurs collaborateurs.

FAQ

Batinovia est un salon professionnel consacré au bâtiment et à la gestion des risques, dont l’édition 2026 s’est tenue à Rennes.

Le PAIA II est le second plan d’actions interministériel pour améliorer la prévention des risques liés à l’amiante. Il couvre la période 2026-2030 et s’organise en six axes.

Selon le SEDDRe, la dépollution de bâtiments devrait progresser de 4 %, le curage et la gestion des déchets de 6 % chacun entre 2025 et 2030.

Non pour les travaux de désamiantage. Toutefois, c’est autorisé pour les travaux de SS4 sous réserve qu’il ne concerne pas les matériaux de la liste A et que le personnel soit bien formé et apte médicalement.

Le planning n’est pas précis, mais selon la DGT, le dispositif actuel ne pourra pas être conservé au-delà de la date du 31 décembre 2027. De plus, la formation des nouveaux formateurs est suspendue et n’interviendra pas avant 2028, le temps d’intégrer les modules complémentaires nécessaires.  La DGT en profite également pour réfléchir aux contrôles sur les organismes de formation SS4. 

Sources

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